L'aurore



D’abord, effleurer du doigt le graal tant désiré, chéri à l’avance. Ensuite, le caresser longuement, jusqu’à en découvrir tous les secrets, toutes les éclosions, toutes les émotions, toutes les fulgurances, même les plus muettes, les plus fragiles. Frissonner avec lui, en saisir toute la puissance et toute la beauté. Toute la poésie. Jusqu’au dénouement. Puis, pleurer. Avant de lui rendre une nouvelle fois hommage. Encore et encore, jusqu’au mot fin. Avant de vouloir goûter et saisir à nouveau, à la vie, à la mort, ses instants d’éternité et ses grâces infinies, même celles qu’on ne voit pas. Des machines dotées de libre-arbitre défilant avant de combattre aux côtés de leurs créateurs, et d'en être ensuite affranchis. Un vaisseau en feu héroïque suivi d'un orgasme. Une poupée explosive qui veut être quitte et qui scelle définitivement sa goupille. Le sauvetage heike d’un trésor. Un couple qui s’était perdu et qui se retrouve. Un FF aspirant à la perfection qui, tel Helios, devient soleil. Un ange qui, telle Aurora, s’évanouit après avoir conduit la nouvelle tribu dans son nouveau pays. Avant de rejoindre son soleil, son âme soeur. Un dernier vol de raptor au-dessus d’un lac de flamants roses. Un patriarche qui, pour permettre à ses enfants de s’épanouir, s’exile au sommet d'une montagne pour y construire une cabane avec un jardin, à un souffle de la tombe de son épouse posthume. Une enfant de la lune et du soleil bientôt mère d’une nouvelle humanité qui, le regard immense, le visage caressé par la brise du matin, batifole dans une frêle prairie, dans une contrée encore vierge du désir des hommes, tandis que l'aube nouvelle emplit de joie le coeur de ses parents. Enfin, une poupée bientôt explosive et bientôt douée de pensées dans une devanture d’un magasin hi-tech de New York City, bien des années plus tard. Une future maman d’une future Hera.
L’aventure s’est achevée un samedi matin, presqu’à l’aube. Nous étions le 21 mars de l’année 2009.
Et ce graal s’appelle L’aurore. Autrement dit, un miracle, un chef d'oeuvre absolu d'écriture, d'interprétation et de mise en scène, un chef d'oeuvre de la pensée et du regard. De ceux qui vous donnent le grand frisson. De ceux qui s'écrivent avec le sang, les tripes et l'âme. De ceux qui vous accompagnent et vous lient toute une existence. Un vertige sublime montrant les derniers survivants de l'espèce humaine et des cylons en quête d'humanité frapper à la porte du paradis. Tétanisant. Un vertige qui conclut une légende. Une légende qui, avec ses préludes BladeRunner et Ghost in the shell, m'a pénétré au-delà de toutes les autres. Une légende qui a doté de pensées des poupées cruciales et flamboyantes pour nous donner une leçon de condition humaine et de métaphysique. Une légende nommée Battlestar Galactica.

Someone to watch over me…

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