G Point



Un ange non pas déchu, un ange qui, au contraire, échoit ; le héros étheré, épuré, de Zabriskie Point meurt d’avoir atterri. Après avoir plané, après avoir connu l'extase, il s’évanouit à temps. A temps avant de fouler à nouveau l’asphalte. Avant de s’y associer, avant d’en être corrompu, avant de s’y consumer. Son âme amante, mais pas jumelle, sur-vit d’avoir fait exploser la civilisation et les Etats-Unis en particulier. Un Fuck you à son consumérisme effréné, orchestré par un descendant de l'inventeur de l'Amérique.
Zabriskie Point revisite le mythe d’Adam et Eve. Antonioni crée un Adam et Eve errant et anarchiste qui, après avoir visité le rêve américain, purifie ce rêve, le réduit à une partouze tellurique, à des ébats fusionnels avec la Terre des origines, en parfait accord avec une Terre à nouveau familière et génitrice. Chez Antonioni, le rêve américain est débarassé d’une trame, de ses oripeaux hollywoodiens, de son matérialisme. Il n’en conserve que l’essentiel : le vertige des sens, l’évasion grâce au véhicule. Un véhicule en guise d’appendice à un corps trop limité. Un monomoteur pour Adam. Une auto pour Eve. Un Adam en jean et à la coupe rebelle qui a la tête dans un ciel virginal. Une Eve qui n'a pas encore dit son dernier mot terrestre. Une Eve qui, le corps chevillé à la terre, la cuisse belle, ne pourra garder et retenir son Adam volage, qui, toujours marquée de son empreinte légère, va s’offrir un méga-orgasme final solitaire. Un méga-orgasme à répétitions.

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