Pierrot le fou



Elle est retrouvée.
Quoi ? - L’Éternité.
C’est la mer allée
Avec le soleil.

Un homme et une femme, Ferdinand et Marianne, Jean-Luc et Anna, ne sont pas faits pour s’entendre, vibrer au même diapason, exister sur les mêmes longueurs d’ondes, mais pour vivre vite de folles escapades. Nous dit Godard dans Pierrot le fou. Ferdinand ne rêve que de poèmes et de Florence, de peintures et de BD, de littérature et de cinéma, Marianne ne rêve que de dollars et de Las Vegas, de chansons et de polars américains, les poésies du premier échouant vainement sur les rivages frivoles de la seconde. Et vice-versa. Le premier n’aspire qu’à l’inaction, à la contemplation, à l’évocation (”je trouve que tes jambes et ta poitrine sont émouvantes”), la seconde n’aspire qu’à l’action, fusse-t-elle violente ou pornographique (”baise-moi”). La vie -l’amour, insiste Godard, est essentiellement faite de monologues (Ferdinand/Jean-Luc), parfois convergents, et de mensonges (Marianne/Anna), parfois sincères (”je t’aime à ma manière”). Des monologues pour une même incommunicabilité. Des mensonges détectés -traqués par une caméra infaillible : les paroles de Marianne disent souvent le contraire de ce que révèlent les regards d’Anna. Parfois de plein gré. Ferdinand comme Godard n’est pas dupe : “je te crois, menteuse”. Ferdinand ne sera le Pierrot de Marianne qu’en se dynamitant. Et Marianne ne sera la Renoir de Ferdinand que nature morte. Seule l’Eternité de Rimbaud parvient à concilier la mer et le soleil : la mer (Marianne) -insondable, insaisissable, intouchable et le soleil (Ferdinand) -qui n’est pas capable de sonder, de saisir, de toucher, sans causer de dommages, sans brûler les ailes de qui s’approche trop près.
Dans Pierrot le fou, Marianne échappe à Ferdinand comme Anna Karina échappe à Godard. Ferdinand - Godard ? qui, pour retenir Marianne - Anna ?, va jusqu’à la tuer et pour la rejoindre va jusqu’à s’auto-détruire. Des actes aussitôt regrettés, car le spectacle a vocation à continuer.
Poétique et exutoire, Pierrot le fou met en scène la fin d’un couple qui n’a vécu que pour mourir, à l’image de la lune qui, chaque aurore, est vouée à s’évanouir, pour renaître jamais tout à fait la même.

Pierrot est fou.
Je m’appelle Ferdinand, je te l’ai déjà dit. Tu m’emmerdes à la fin, nom de dieu.

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