Un flic



Quelle est la vérité du cinéma ? On l’a dit, bien souvent, un désir d’étreinte. Quelle est celle d'Un flic ? Celle d'un poème couchant de Verlaine. Soit une larme, bleue rimelle, d’un poignant travesti éconduit par ledit flic campé par Alain Delon. Donc, un désir d’étreinte échoué entre Alain Delon et le travesti en question. Autrement dit, un personnage qui, comme Melville, s’est inventé une vie, qui aurait aimé être quelqu’un d’autre. Le coeur secret du film réside dans cette délivrance lacrymale, dans cette échappée belle et douloureuse, dans cette vérité. La musique poignante et pudique qui accompagne la scène est gage de sa profonde sincérité. Dans son dernier métrage, le plus intime, Melville filme le désir d’étreinte de son âme bleue avec l’océan souverain filmé au début. Juste avant le braquage orchestré par Richard Crenna. Juste avant l’histoire policière épurée comme un diamant, avant l’histoire d’amitié entre le flic et le truand, avant l’histoire d’amour entre ces deux-là et Catherine Deneuve. Autrement dit, les fausses pistes. Aussi langoureuses fussent-elles.

L’homme et la mer

Homme libre, toujours tu chériras la mer !
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer.

Tu te plais à plonger au sein de ton image ;
Tu l’embrasses des yeux et des bras, et ton cœur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :
Homme, nul n’a sondé le fond de tes abîmes,
Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !

Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remord,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
Ô lutteurs éternels, ô frères implacables !

Charles Baudelaire.

Aucun commentaire: