Taizhen



Danser et flirter avec les étoiles, avec des ghaziyas et des apsaras, avec des princesses d'Inde et d'Egypte. Filmer les absents. Filtrer la vérité et la beauté du monde. Maquiller la vie d’un rimelle de mélancolie, l’habiller d’un voile d’extase antique. S’inventer des milliers de souvenirs. Se réinventer tous les jours. Vivre des milliers de fantasmes. Se réincarner à volonté, sans faire abstraction de ses précédentes expériences. Telles sont les beautés notoires du cinéma et des séries télé.
Quelles en sont les beautés secrètes ?
Chez Wong Kar-wai, révéler le langage secret de la bouche de Zhang Ziyi, dire des femmes sublimes qu’elles finissent en fumerolles de cigarettes, qui deviennent autant de nuages flottants, dire qu’une larme de Zhang a la grâce cristalline d’une note de piano de Philip Glass, dire aussi qu’une Zhang a tout d’une Taizhen (Très pure essence) au visage de fleur et au teint de neige.
Chez Gus Van Sant, d’Elephant à Gerry, murmurer le secret du cosmos, qui crée autant de vertiges et de mirages.
Chez Satyajit Ray, dévoiler le langage secret du lotus et de la rosée, ou des jeunes filles qui dansent sous la pluie.
Chez Mamoru Oshii, comme chez Ronald D. Moore, dire que les poupées pleurent aussi, montrer qu’en chaque plume ou chaque flocon de neige versé on peut voir un ange tomber ou sanctifier, qu’en nombre d'hélicos ou vipers s’élever on peut admirer un ange s’envoler, qu’en nombre de balles déversées on peut voir une larme absoudre, dévoiler le langage secret des mouettes ou des colombes, dire enfin qu’Oshii se prononce aussi Tsugé.
Chez Kenji Kamiyama, dans Ghost in the shell : Stand alone complex, où il est dit que d'une larme de tachikoma, on peut voir le Ciel.
Chez John Ford, pleurer des déserts perdus et filmer des cavaliers qui pleurent des absentes.
Chez Akira Kurosawa, où en chaque flèche tiré on peut voir une âme terrassée, montrer également des âmes chanceller.
Chez Michael Mann, filmer en haute définition des fantômes apaches hantant les nouveaux déserts d’Amérique.
Chez Mikio Naruse, dire que d’une larme d’Hideko affleure la promesse d’un sourire.
Chez Kijû Yoshida, dans La source thermale d’Akitsu, montrer une nuque blanche pour pleurer un ange mortifié, dire que du sang versé d’Akitsu la Voie lactée bien qu'attristée en soit constellée.
Chez Kenji Mizoguchi, dire qu’un lac gelé ne gèlera jamais une âme échappée, dire aussi que d’un palais endormi, l’écho de deux rires libérés verra à l’aube chanter l’oiseau Nue.
Chez Yasujiro Ozu, montrer qu’une maison dit beaucoup sur son propriétaire.
Chez Stanley Kubrick, donner une vision implacable et exaltante de l’Univers, de l’Homme et des aléas de son Evolution, autrement dit ne pas prendre les certitudes scientifiques et prétentieuses de l’homme pour des réalités universelles, dire merde à la stupide théorie de Fermi, dire merde à Einstein aussi.
Chez Andreï Tarkovski, c’est la mer allée avec l’âme, où il est dit aussi que chaque flocon de neige est une larme d'ange, connaître le secret de la cloche et du cuivre qui sonne, connaître le langage des algues et du ruisseau, de la pluie et du vent.
Chez Jean-Pierre Melville, c’est l’océan allé avec l’âme des résistants et des samouraïs, où il est dit qu’une larme travestie appartient à celui qui la met en scène.
Chez Quentin Tarantino, dire de la pellicule et d'un écran de cinéma qu'ils sont aussi puissants qu'un cyclone et provoquent la même distorsion qu'un moteur hyperspatial.
Chez Dario Argento, donner un sens opératique, esthétique, érotique, lunatique, baudelairien à la peur, dire que son vertige est aussi son exaltation.
Chez George A. Romero, dire qu'un mort peut avoir du vague à l'âme.
Chez John Carpenter, dire merde à notre perception naïve de la réalité du monde en créant d’innombrables et insaisissables créatures quantiques, accorder foi à la théorie du Multivers, donner un sens infiniment plus profond aux miroirs, dire qu'un miroir est aussi un vortex.
Chez Peter Jackson, dire qu'un regard de Kong peut être aussi bien une brise qu'un ouragan.
Chez Tsui Hark, dire merde à Einstein et à sa loi de la relativité, vouloir franchir le mur soi-disant infranchissable de la vitesse de la lumière ; dire merde à Newton et à sa loi de la gravité, s’affranchir du diktat de la pesanteur.
Chez Shunji Iwai et dans Love Letter, dire que la neige réveille les tendres souvenirs de l’enfance et n’efface pas les douleurs de l’adulte.
Chez Ridley Scott et dans Blade Runner, dire que les jouets orphelins de JF Sebastian attendent tous les jours son retour, dire qu’une langue d’androïde flamboyante est plus précieuse que celle d’un esclave zombiesque humain, dire que seuls les androïdes peuvent encore pleurer, montrer aussi que d’une larme de Nexus on peut voir une âme couler sans se renier.

A suivre…

4 commentaires:

Ishmael a dit…

Vivement la suite alors :)

furoshiki a dit…

Cela fait beaucoup de films à emmener sur l'île déserte, car il s'agit bien des indispensables, non ? mais on comprend fort bien qu'il y en ait autant, car on est d'accord sur tout, ou quasiment...

Rom a dit…

C'est ma liste de cinéastes préférés, et les raisons intimes de mon attachement. Sauf Wong Kar-wai dont je ne suis pas fanatique, je l'ai placé là surtout en raison de ses actrices Zhang Ziyi et Michelle Reis qu'il a su filmer avec beaucoup de beauté. Mes films et séries indispensables que j'emmenerai sur une île déserte sont effectivement issus de tous ces cinéastes et créateurs, et cités dans mon billet Histoires de fantômes. Si je devais vivre sur une île déserte avec tout le confort cinéphilique (immense LCD, blu ray, dvd...), c'est sûr qu'il me serait difficile d'alléger davantage mes bagages. Mais si je devais citer les indispensables de mes indispensables, çà serait Blade Runner et Battlestar Galactica, tout en haut.
Puis Cowboy Bebop, La complainte du sentier, Ghost in the shell, Angel et The Wire.

zéphyr a dit…

tu en as des blogs toi (((-: Merci de ton passage et VIVE LA POESIE!! ((-: