Diary of the dead



Plus Romero prend les rides de ses zombies, moins il s’attache aux vivants, moins il accorde crédit à ses personnages et acteurs parlants, plus il fait la place belle aux morts-vivants. Des morts revenus une nouvelle fois pour asséner à ses contemporains des vérités bien senties, mais aussi, quand ils ne sont pas (pré)occupés à leur foutre la trouille et à les dévorer, pour harmoniser et poétiser un monde qui a perdu beaucoup de son harmonie et de sa poésie. De son insouciance et de sa légereté. Hurlée par le cinéaste dès 68, la bêtise du genre humain, vécue et transmise ici via le rôle prédominant des médias engendrés ou propagés par internet (où il est dit notamment qu’il vaut mieux filmer que prêter assistance à son prochain, que l’évenement n’a pas existé s’il n’a pas été filmé), conduira ses derniers représentants à se calfeutrer dans un réduit fortifié (une cave, voire une caverne, améliorée) encombré de vidéo-surveillances et du dernier cri technologique comme uniques moyens d’accéder à autrui et au monde (et du même coup comme moyens de perdre son intimité), mais où l’on préferera jouer à Nintendo plutôt que de rendre hommage à l’immense bibliothèque d’à côté, se soustrayant ainsi au génie humain. Où il ne viendra plus à l’idée de personne, sauf d’une blonde, de prendre la poudre d’escampette. Mine de rien, le moins spectaculaire et le moins excitant des films de zombies de son auteur (faute au concept même de cinéma-vérité donné au film et à la mise en scène) est sans doute aussi son plus radical.

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