Le seigneur des anneaux



Le cinéma de Peter Jackson, jusqu’au choix des illustrations sur les dvd collectors du Seigneur des Anneaux, emprunte beaucoup à la poésie de Victor Hugo, fusse t-elle dessinée : il embrasse aussi bien le rêve des anges et des petits que la légende des rois, la caresse d’un regard et d’une brise que le fracas des épées et le vent de l’épopée, l’éclosion et le baiser d’une fleur que l’éruption et l’explosion d’un volcan. Ses élans, ses châtiments, ne gâtent jamais ses arrêts, ses contemplations. Son cinéma, comme la poésie d’Hugo, est dicté par les rayons et les ombres, fait sienne l’idée, comme le soulignait Baudelaire à propos du poète, que la beauté est à la fois ardente et mélancolique, l’idée qu’un palais n’est rien sans sa rose et la femme à qui elle est dédiée, l’idée que cette rose vouée à lui rendre hommage, et inversement, peut, en se fânant ou par son épine, l’en affecter. On peut le voir, Jackson, en réalisant la monumentale trilogie, n’a pas seulement adapté Tolkien, il a traduit Hugo dans un genre, l’héroïc fantasy, et dans un langage, le cinématographe, qui, si le poète était né 100 ans plus tard, auraient peut-être et sans doute eu également ses faveurs. Dans Le Seigneur des anneaux, Jackson a filmé dans les yeux d’un enfant pas encore conçu la tristesse de voir sa mère ne pas prendre le chemin de son père, serti des cités fabuleuses ou des vestiges ô combien poétiques dans des montagnes, des vallées ou des forêts fantasmagoriques, pétrifié des anges ou des démons pour veiller sur des âmes blanches ou noires, levé des colosses gardiens de peuples, des tours monstrueuses aussi lugubres que la Tour des choses, levé des légions de créatures effrayantes pour en suspendre les horreurs en filmant le vol d’un papillon, suspendu le temps et offert le paradis en filmant le bonheur d’un pays de cocagne nommé Comté.
Son seigneur des anneaux vise bien souvent au même dessein supérieur que La légende des siècles : réinventer plus ou moins le monde pour défendre sa beauté, sa grâce et sa musique, contre ses misères et ses corruptions, contre les outrages qui lui sont infligés, contre l’industrie et le bruit de ses forges - déshumanisées mais néanmoins fascinantes. Où il est dit que la déforestation est un génocide, que la force naturelle (l’eau pour l’Isengard, le feu pour le Mordor et l’anneau) est seule capable de laver les péchés des pères. Où il est dit aussi que les petites gens doivent avoir l’hommage des grands.

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