Avatar



Espace, frontière de l’infini, vers laquelle voyage notre vaisseau spatial. Sa mission : exploiter de nouveaux mondes étranges, ruiner de nouvelles vies, d’autres civilisations, et au mépris du danger, avancer vers l’inconnu…

Avatar, avant d'adapter la légende de Pocahontas en mode science fiction (l’apprentissage de l’étranger, la romance inter-raciale, la volonté impérialiste et vorace des uns, la volonté et la capacité résistante de leurs victimes), raconte l’aventure d’un homme qui voit, entend, vole, communie avec le cosmos, fait l’amour, s’extasie, fait l’expérience du vert et innocent Paradis de Baudelaire, en dormant. Chacun de ses réveils se révélant forcément de plus en plus douloureux, l’homme en question, cloué sur un fauteuil roulant, étant aveugle (de par son appartenance au clan des guerriers aux crânes rasés mais aussi par nature). Jusqu’à cette mort et cette naissance finale, qui conduit à l’une des images les plus éloquentes de l’histoire du cinéma. A savoir un regard immense et grandiose qui en évoque deux autres, celui d’Hera à la fin de Battlestar Galactica, celui de Motoko Kusanagi au début et à la fin de Ghost in the shell. Soit un regard-univers sur l’Univers. Un regard en osmose, qui lui rend hommage. Souligner qu’Avatar cite Mamoru Oshii et ses obsessions cybernético-robotiques (Ghost in the shell mais aussi Patlabor 2), Hayao Miyazaki et son camphrier roi de la forêt enchantée (Mon voisin Totoro) ou Terrence Malick (Le nouveau monde) ne saurait faire affront à Cameron tant celui-ci prolonge leurs messages pour en faire une oeuvre littéralement universelle. Qui intéresse autant notre planète et ses habitants, actuels, futurs ou ex (Avatar venge tous les Indiens d’Amérique, spécialement ceux d’Amazonie) que les milliards de Pandora de l’Univers. Et d’où il ressort que la magie dudit Univers s’accomode mal de la civilisation.
Au coeur d’Avatar, comme pour Ghost in the shell, il est donc question de l’âme et de son véhicule. Mais aussi d’un grand collectif. Pour le film d’Oshii, un arbre électro-informatique nommé internet. Pour le film de Cameron, un collectif électro-chimique auquel chaque être vivant est connecté, un collectif représenté par un arbre au sein duquel les âmes sont reversées à la mort de leur véhicule. Un collectif qui s’enrichit ainsi, qui renvoie au concept naturaliste (voire panthéiste) du divin, plus poétique (voire plus sensé) que le concept monothéiste nourri par des religions égocentriques. Des religions dont l’homme s’est entouré et qui l’ont en grande partie défini, et qui, à travers leurs us et coutumes souvent arriérés (parfois carrément débiles), se sont préoccupés essentiellement de trafic d’influence (sociale et politique), et si peu pour l’univers qui entoure l’être humain.
Souligner aussi qu’avec Avatar, James Cameron dresse la nouvelle limite au pouvoir d’immersion du cinéma. Pour tout ce qui a été dit précédemment, mais aussi grâce au pouvoir extraordinaire en trompe l’oeil de la 3D, procédé qui, pour ce cinéaste révolutionnaire et sincère, n’est en aucun cas un gadget pour gogos. Car le spectateur, en vivant les aventures de Jake Sully et Neytiri, aura rarement autant vu. Et eu autant vertige.

Nous avons vu tant de choses que vous, humains, ne pourriez pas croire, ni voir ; nous avons vu des cascades de cristal arroser des nuages, et vu ces nuages ravir le coeur de nos frères, nous avons vu de grands et terribles fauves pleurer la grâce de nos soeurs, et vu nos soeurs dompter leurs rêves de conquête ; car nos yeux sont plein de joies et de chimères, et que nos lits sont faits de mousse et d'étoiles, nos âmes sont argentines et nos palais infinis...

1 commentaire:

arbrealettres a dit…

J'ai Adoré! (((((-: