Titanic



A l’heure du triomphe tant artistique que commercial d’Avatar, rappeler que le temps ne saurait altérer le chef d’oeuvre de James Cameron, l’un des plus beaux joyaux et l’un des plus beaux vertiges qui soient, j’ai nommé Titanic. A l’heure où Avatar détrône Titanic au box office mondial, rappeler que Cameron, en filmant le naufrage d’un fleuron de la civilisation (pour ruiner sa prétention à maîtriser Mère Nature, pour ruiner celle des nantis à toujours gagner), a filmé aussi l’une des plus belles histoires d’amour, les plus beaux vestiges et les plus beaux poèmes, les rayons et les ombres de Victor Hugo, l’Ophélie de Rimbaud et la mort des amants de Baudelaire. A l’heure où Avatar entend venger tous les peuples naturalistes génocidés, Titanic, en filmant notamment le plus beau crachat au visage et la plus éloquente galerie de photos de femme libre, s’évertuait à venger toutes les héroïnes sacrifiées et crucifiées de Mizoguchi. A l’heure où Avatar donne à voir de fantastiques chimères, Titanic offrait au spectateur l’une des plus palpitantes poitrines que des yeux de cinéphages aient contemplées et une sublime voûte étoilée dédiée à accueillir des centaines d'âmes gelées, avant de lui offrir les plus émouvantes retrouvailles et les plus belles noces post-mortem. A l’heure où Avatar donne à son héros la faveur de voir, Titanic offrait au spectateur l’immense privilège d’écouter le coeur d’une femme et son océan de secrets : l’océan de Rose Dawson. Et, lors d’un des plus beaux fondus enchaînés de l’histoire du cinéma, de voir son précieux couler dans l’océan pour rejoindre le jeune homme qui l’avait sauvé : Jack Dawson. A raconter une tentative de génocide ou une catastrophe, Cameron ne cesse en réalité de filmer des rayons fabuleux, des rayons nommés Jake et Neytiri ou Jack et Rose.

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