24



A raconter des dilemnes et des résistances, 24 culmine lors de ses abandons et lors de ses délivrances. A questionner l’opportunité du sacrifice et de la torture (pour empecher l’explosion imminente d’une bombe nucléaire, la diffusion d’un gaz neuro-toxique ou bien encore d’un virus mortel), 24 se veut spectacle tachycardique qui donne à l’urgence et à l’importance du danger le pouvoir exceptionnel de déroger à la rythmie de moins en moins sûre en vigueur dans nos démocraties. Autrement dit, 24 ne sied pas à ceux qui, vivant dans leur nid paisible et douillet, ont le temps de réflechir au moindre battement de leur coeur (dans le cas des terroristes de 24 ou de leurs complices, tout à fait injustifié). Sans évacuer le danger de voir l’arythmie ériger en norme de vie (jusqu'où une démocratie peut aller sans se renier, jusqu'où veut-elle aller pour pouvoir se défendre contre la terreur et la barbarie, contre des individus qui entendent la détruire ?), la série nous dit avec force que les droits de l’homme sont parfois l’ennemi de la rationalité et de l'intérêt commun (qui veut notamment qu’il vaut mieux sacrifier une vie que des milliers ou des millions d’autres), opposant constamment l’intelligence quasiment sans faille de Jack Bauer (excepté au début de la saison 6, le séjour dans les geoles chinoises lui ayant fait perdre une partie de son bon sens) à la lâcheté toujours plus grande de ses supérieurs ou de ses juges (voir celle du Président Wayne Palmer durant la première partie de la saison 6, ou celle du sénateur de la saison 7). A jouer un spectacle bigger than life, 24 n’en est pas moins une série engagée et anticipatrice. La saison 2 n’octroie pas seulement la présidence des Etats-Unis à un afro-américain, elle désigne aussi les profiteurs et très probables instigateurs d'une guerre à venir, la guerre d’Irak : les marchands d’armes et les pétroliers. Il est bon de rappeler que les barbus et autres fanatiques adeptes du retour au Moyen-Âge (voire à l’âge de pierre) ont dans cette série presque toujours le concours de hauts responsables gouvernementaux (dans le but de les instrumentaliser) et/ou de multinationales opaques (dans le but de servir leur but mercantile et leur soif de pouvoir). Enfin, à mettre en scène avec brio des attentats terroristes et des complots, 24 réussit aussi dans l’intime : le discours de Jack à Nina sur ce qu’elle a enlevé au monde, les remerciements du Président David Palmer à son ami Jack, ou encore Bauer en rage contre le ministre Heller à la fin de la saison 6.

Tiens, çà c'est pour la douleur...

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