Underworld U.S.A.

Deux hommes lui donnèrent leur bénédiction. Quatre autres agitèrent des amulettes et lui lancèrent un sort. Il laissa trop d’argent sur le comptoir.
Il ressortit. Le ciel respirait. Il palpa la texture de la lune. Les cratères devinrent des mines d’émeraudes.
Une ruelle apparut. Un coup de vent l’y entraîna. Des feuilles s’agitaient et lancaient des arc-en-ciel tourbillonnants. Trois hommes sortirent d’un rayon de lune. Ils portaient des coupe-coupe dans des fourreaux. Ils avaient des ailes d’oiseaux à l’endroit où auraient dû se trouver leurs bras droits.

… dit :
- Que la paix soit avec vous.
Ils sortirent leurs coupe-coupe et le massacrèrent sur place.

Los Angeles, 1964. Un braquage, énooorme. Quatre convoyeurs et deux braqueurs tués. Notez deux braqueurs. Le butin, vertigineuuux : 7 millions de billets verts et une cargaison d’émeraudes. De quoi raconter des Causes et des Rédemptions, des Rêves et des Voracités croisés. De quoi raconter aussi une Vengeance depuis longteeemps ruminée. De quoi raconter ainsi une Amérique au diapason de son plus grand salaud : John Edgar Hoover, le patron du F.B.I de Calvin Coolidge à Richard « Enflure » Nixon, de Dudley « Ordure » Smith à Scotty « Brute » Bennett, de Wayne K.K.K Tedrow Senior à Wayne Tedrow Junior le Haïtien, du Dahlia noir à la Maison de l’Horreur, d’Isidore Klein à Joan la Déesse rouge. Hoover qui pourrait déclencher l’ameri-calypse s’il venait à révéler tous les secrets depuis très longteeemps accumulés et précieusement conservés. Hoover le roi des coups fourrés qui fout une paix royaaale aux Parrains : Carlos Marcello, Sam Giancana et Santo Trafficante, qui tirent les ficelles et qui, après avoir été éconduits par John Kennedy, ont décidé, dans American Tabloid, de mettre un terme anticipé à son mandat le 22/11/63, avant de faire élire Nixon dans Underworld U.S.A. Des Parrains qui, après avoir été virés de Cuba par Castro le méééchant coco, et soiii-disant vendu Vegas à Howard « Drac » Hugues, ont décidé d’acheter la République Dominicaine de Balaguer pour y construire des hôtels-casinos, en « recrutant » des esclaves chez la voisine Haïti, celle de Papa Doc Duvalier et de ses Tontons Macoutes. Haïti et son vaudou qui fout une trooouille monstre. Haïti où des hommes ailés vous découpent dans des rayons de lune ou d’émeraude. Avec votre assentiment. Cette Zone zombie où l’on peut prendre des cratères pour des mines d’émeraudes, des anges pour des diables, ou des diables pour des anges, où des hommes qui ne méritent pas de mourir dans un lit décident de s’offrir un trip final pour s’offrir la lune. Le Pardon de Soi avec. Loin de cette pute d’Amérique qui grâce à ses superbes atouts veut vous faire croire à un Rêve pour que ses maqueraux puissent en réalité toujours vous baiser.
Voilà. 837 pages plus tard. J’ai partagé les crimes et les visions de Don « Trouduc » Crutchfield et Wayne Tedrow Junior, ou encore Reginald Hazzard. Après avoir tué l’Histoire, John le K. et son frangin Robert, ou encore Martin "Lucifer" King, j’ai mis fin au règne de John Edgar Big Brother Hoover. J’ai aimé et vengé la Déesse rouge. J’ai vengé Tom L. aussi. J’ai arnaqué Dracula, pour le compte des Parrains, je les ai arnaqué aussi. J’ai libéré des esclaves. J’ai tout fait sauté. J’ai tué le L.A.P.D. en tuant Scotty B. J’ai retrouvé Reggie, j’ai parlé avec lui sur un bord de mer dans un pays étrange, il m’a offert une émeraude. La dernière. J’ai été tué dans un rayon de lune. J’ai été tué après avoir gagné le droit de l’être. J’ai dansé sur la lune avec les Indiens Muzo. Je les ai vengé aussi. J’ai été tué en voyant des rayons fabuleux. J’ai été tué par des gens qui m’ont dit des choses étonnantes. J’ai été tué après avoir trouvé ce que je recherchais depuis longtemps, depuis toujours. J’ai tué de méééchants Cubains avec le vrai tueur de JFK, j'en ai scalpé beaucoup. J’ai libéré des femmes et des enfants promis aux crocos et au bûcher. J’ai fumé des herbes pour danser avec des esprits. J’ai vu des diables et des anges. J'ai retrouvé Célia. J’ai tenu la promesse de Wayne Tedrow. J'ai fait l'amour à Mary Beth. J’ai fait l’amour à une Déesse qui m’a dit des choses étonnantes sur l’Amérique. J’ai aimé cette Déesse avant d’avoir gagné le droit de la rencontrer et de lui parler. Je lui ai laissé un souvenir. Je l’ai perdu, je la recherche encore et pour toujours.
Voilà donc. 837 pages plus tard : Je n'ai jamais lu et vécu çà. Je n’ai pas seulement vécu un monument de la littérature. J’ai vécu une part de l’Histoire torturée et tordue de l’Amérique. J’ai vécu aussi en Zone zombie. J’ai tremblé. J’ai tué, beaucoup. On m’a tué, avec mon assentiment. J’ai été zombifié. J’ai été vaudouisé. J’ai été électrochoqué. J’ai fait l’amour. J’ai vu des ombres et des lumières. J’ai dansé avec des « flammes vertes ».

Je suis Crutch.
Je suis Wayne Tedrow Junior.
Je suis Marsh Brown.
Je suis Reginald Hazzard.
Je suis James Ellroy.

J'ai fait un Rêve.

J’ai éteint la lumière. Tenant au creux de ma main l’émeraude de Reginald, je me suis posté devant la fenêtre. L’effet des herbes commençait à se faire sentir. La lune transformait l’émeraude en prisme. Des gens entraient dans les rayons du prisme et en ressortaient, et ils me disaient des choses étonnantes.
Un groupe d’hommes se forme, dehors, en ce moment même. Ils lèvent les yeux vers moi. Ils sont armés de coupe-coupe qu’ils portent dans des fourreaux. Ils ont un bras gauche et une aile à la place du bras droit.
Je sens que mon corps se fige peu à peu. Mes pensées se dispersent dès que je commence à les élaborer. Dans un instant, je vais mâcher le stylo avec lequel j’écris. Les hommes ailés pénètrent dans l’hôtel, à présent. J’ai laissé la porte ouverte pour eux.

1 commentaire:

dasola a dit…

Bonjour, bonjour pour ce billet superbe qui rend bien hommage au roman. Je ne le dis pas si bien. C'est le genre de roman qui ne s'oublie pas tout de suite. Et on n'a pas forcément envie d'en lire du même acabit, tout de suite après. Il faut le temps de la digestion. Bon samedi.