Innocence ou le miroir aux alouettes



La perfection n’est possible que pour ceux qui n’ont pas de conscience, ou ceux qui sont dotés d’une conscience infinie. Autrement dit, pour les poupées et les dieux. En fait, il y a un monde d’existence comparable aux poupées et aux dieux. (Les animaux ?) Les alouettes de Shelley sont plongés dans une joie profonde instinctive. Une joie que nous les humains à cause de notre timidité ne connaîtront jamais.

A quel point un miroir affecte et falsifie la vision des hommes, leur perception du cosmos ? A quel point le reflet renvoyé nuit à notre rapport à l’univers, nous interdit la Joie, nous limite, nous contraint à la nostalgie, à la mélancolie ou à la vanité ? L’homme n’a rien à gagner avec un examen minutieux, nous répond Mamoru Oshii dans Innocence, le second opus de Ghost in the shell. Aussi, d’avoir les yeux plus gros que le cerveau, de prendre ses rêves de gloire pour des réalités, l’homme se perd. Et ne donne que trop peu d’énergie positive à l’univers. Motoko Kusanagi, l’Eve future, l’a bien compris en rejoignant le Net infini. Abandonnant ainsi un besoin de reflet pour exister et s’épanouir. Tandis que Locus Solus la société tentaculaire de demain est le grand miroir aux alouettes du futur de l’homme. Une glorieuse et merveilleuse apparence à travers sa grandiose cité et ses flamboyants carnavals, qui cache un sombre secret dans ses poupées censées ne jamais dire non. Un secret d’emblée révélé (pour peu qu’on ait l’oeil prévenu ou affuté) lors du sublime générique, segment retraçant la conception et la naissance d’une de ces sexaroïdes. Un reflet dans son oeil bleu dévoile en effet un poignant fantôme. Un fantôme qui, prisonnier d'une enveloppe non désirée et promise à une dégradante corruption, dira non. Innocence, outre un fantastique miroir aux alouettes, raconte ce non et un cri : Mais je ne voulais pas devenir une poupée. Oshii y filme aussi un cathartique To-o kami emi tame, autrement dit l’envolée d’un ange (Je m’en vais) à travers la chute d’une poupée désarticulée. Un corps fragile et émouvant très provisoirement emprunté par le Major "revenu" d’entre les circuits du Net pour prêter main forte à son ancien équipier, le cyborg Batou. Le second volet de GITS, sommet de la SF et vertige essentiel, raconte ainsi un bouleversant appel à l’aide et le secours d'un duo sensationnel :

Aidez-moi, aidez-moi…

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