Dellamorte dellamore di Mario Bava


Bien des raisons nous font aimer le cinéma de Mario Bava. Nous saluons en premier lieu une belle ambition, couronnée d’un succès rarement démenti : saisir la musique et l’étreinte de la nuit et du temps. Grâce à des trompe-l’oreille (le vent qui fait croire aux loups) ou des trompe-l’oeil (le brouillard qui fait croire à l’esprit des morts, et qui, semblant s’échapper de la terre, particulièrement des tombes et tombeaux, vient s’emparer des vivants). Grâce à son décorum et à sa photographie gothiques, en couleurs ou en noir et blanc. Nous admirons ensuite une vision fantastique, indélébile pour le spectateur : du Masque du démon aux Trois visages de la peur en passant par Opération peur, Bava n’a cessé en réalité de décliner une fascinante jalousie. Entre trois divinités grecques, Eros, Himeros et Thanatos, personnifications de l’amour, du désir et de la mort, pour l’éternité condamnés à s’envier dans le monde et l’oeuvre de Bava. Cette confusion donne aux films du maestro une ambiance étrange et attirante, inquiétante et envoûtante, en un mot fantasmagorique. Le goût du cinéaste à filmer des ruines et des demeures depuis longtemps abandonnées, promises à l’enlacement des lianes et des racines ou aux toiles d’araignées géantes, vestiges d’une époque révolue faite de splendeur mais aussi d’épouvante, rejoint celui d’y voir évoluer des jolies donzelles en nuisettes, pulpeuses à souhait, offertes à l’assaut du vampire, prêtes à donner leur sang et leur âme. Cette obsession, celle aussi des mannequins et des poupées, des statues et des gargouilles, des tableaux et des miroirs, ou encore des cercueils béants, rejoint la nôtre d’y voir associés des rêves d’éternité figés ou échappés. D’y voir ces rêves parfois échoués ou profanés, d’y voir souvent des amours et des haines se prolonger post-mortem, d’y voir enfin d’immémoriales légendes et malédictions, soit des désirs et des peurs remontant à la nuit des temps, immortalisées.

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