The King of New York



Tout le monde meurt à la fin de King of New York. Flics et gangsters. Les armes à la main. Aucune échappatoire.
16 ans après sa sortie, le film électrochoc et crépusculaire d'Abel Ferrara conserve toute sa force et toute sa rage. Toute sa poésie et sa mélancolie aussi. Malgré son extrémisme, son jusqu'au boutisme. Ferrara, le "poète gangster du cinéma", appartient à New York et New York, lorsque la nuit tombe, appartient à Ferrara.
Christopher Walken incarne Franck White, comme Max Shreck incarnait Nosferatu. Au coeur du film de Ferrara, l'extrait du film de Murnau confirme la parenté des deux oeuvres (film de vampire expressionniste) et des deux personnages (mort et vivant).
Au début du film, Franck White sort d'une longue peine d'enfermement. Il n'est plus le vampire qu'il était. Blanc comme un cadavre exsangue, Franck White a besoin de sang pour être réanimé. Une dernière fois. Afin de construire un hôpital pour enfants, il retrouve donc les siens : ses deux superbes gardes du corps, prêtes au sacrifice pour le protéger (rappelant les fiancées du célèbre comte), et sa meute (ses enfants) qui attendaient son retour pour reconquérir les territoires perdus ou laissés vacants. Le sang va à nouveau couler, à flots. Il sera pluri-ethnique : colombien, chinois, italien. Et irlandais.
Tétanisant et électrisant dans sa violence, le film de Ferrara carbure aussi à la blanche et au sexe. Sans concessions, The King of New York atteint son point culminant dans le repaire du gang de White, entièrement dédié au monde souterrain. Transgressif, The King of New York l'est aussi dans le spectacle qu'il offre. Spectacle excitant et transcendant lorsque des filles aux seins nus dansent frénétiquement sur un rap de Schoolly D, ou lorsqu'une splendide blonde lèche de la cocaïne sur le ventre d'un client. Spectacle jouissif lorsque des flics déguisés en concurrents entrent dans la danse et font le ménage, transformant la séquence en véritable ballet orgiaque. Ballet de corps secoués par l'impact de munitions de gros calibres, toujours rythmé par le morceau de rap "Am I black enough for you ?". Tout un programme. Spectacle paroxystique lorsque le déchaînement de violence se poursuit, sous la pluie, dans les rues bleutées et électriques de New York. Poursuite effrénée en voitures, vitesse surmultipliée et insensée d'un gunfight à partir d'un toit ouvrant, confèrent à la séquence une impression sensationnelle d'irréalité. Avant de se conclure dans un terrain vague, dans un cimetière (en plein jour, mais à l'abri de la lumière), dans le métro, et finalement dans un taxi.
Juste avant l'aube.

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