Hanna, morale d'étoile



C'est le regard d'Hanna, c'est le corps d'Hanna : une brise de mélancolie, autant qu'un typhon ; une braise qui s'échappe de son foyer, qui s'envole, valse, et aspire à devenir une étoile dans une galaxie noire. C'est une fusée qui fulmine et décolle dans une aube blanche ou dorée. C'est une étoile en formation, qui danse et qui sème le chaos, menacée par une saloperie de trou noir. Autrement dit, un complexe militaro-industriel et secret, un ogre vorace et cupide voué un jour à s'effondrer. C'est toujours l'erreur de l'ogre : son arrogance qui lui fait croire que les lois de l'Univers ne sont pas pour lui, qu'il restera toujours quelque chose à bouffer quand il aura tout bouffé, ne pas imaginer que sa créature l'engloutira, le consumera à son tour. Car Hanna est aussi une balle traçante, un oeil bleu qui trace son sillon, une comète qui recherche un horizon. C'était un père. Ce sera ses soeurs.


Fleur de lune





Ma cage est grande ouverte et ma prison ... t'attend.

Chante Françoise Hardy, mais pas seulement. Gaby aussi dans Un flic, le plus beau Melville.
Fleur de lune qui en dit long sur le plus beau personnage, le plus poignant du cinéaste de L'armée des ombres. Gabrielle, née d'une brume (comme Melville), encagée dans un corps de garçon, follement éprise de Delon, qui joue bien davantage que le rôle du canari du Samouraï. Pas uniquement indic donc.
Autrement dit, Françoise chante ici Gaby/Melville, des personnages à fleur de lune dissimulés sous un fard de luxe glacé : leur rimelle n'est là que pour mieux couler.

Née dans une brume, 
Là où le vent vient du Nord...
viens te prendre à mon mirage...


Bleu de gris







Un vent à glacer et cingler toute âme à la ronde, autrement dit quatre truands, une poignée d'employés de banque et ses rares clients. Pas d'autre âme qui rôde, qui trace dans cette station balnéaire fouettée par la pluie et un océan déchainé, enveloppée d'une brume complice. Ainsi l'a voulu Melville : d'une épure bleue de gris, d'une glaciation annoncée, la sienne, il entend soumettre radicalement le monde physique à son vague à l'âme.

Vert glaçant



Melville verglaçant toute ombre à la ronde, fut-ce les plus résistantes.



Verglacée

Vert de gris



Jean-Pierre Melville qui s'y connaît en matins blêmes, verts de gris, qui filme un corps comme une comète transie, sur le point de s'éteindre, et une âme comme une nébuleuse, une brume hivernale.

Quand sonne l'heure, Melville ne pleure...



Déjà un spectre de Verlaine qui s'en va au vent mauvais qui l'emporte, deçà, delà, pareil à la feuille morte.
Nul sanglot cependant pour Philippe Gerbier, nul violon, quand, un matin blême, quand sonne l'heure, il ne courra point.

Le chapeau et l'ombre de Félix



Une ombre butée qui veut résister au corps qui la projette, pour persister à résister à des ombres vampires, filles de Nosferatu et d'Ellen Hutter : Félix Lepercq/Paul Crauchet dans L'armée des ombres. Félix qui perdra son chapeau comme on perd son ombre, comme on laisse une part, une trace de soi-même dans le monde avant de le quitter.

Strange Ghost



Un corps-fantôme qui veut échapper à son ombre, une âme qui veut fuir son enveloppe : Jef Costello dans Le samouraï.