Rome



Les Soprano et Rome, deux séries produites par la fameuse compagnie HBO (La référence en termes de qualité d'écriture et d'intensité), ont, outre leurs racines latines, bien des points communs. Avant tout, celui de pulvériser les limites connues des genres auxquels elles se rattachent, réduisant à de simples nota bene les meilleurs films évoquant la mafia et la Rome antique. Le sexe, la violence, le pouvoir, thèmes inhérents à ces deux genres cousins ne trouvent ici aucune censure : violence la plus extrême, nudité, rapports sexuels explicites (d'une totale franchise dans la Rome antique, pas encore réprimés par les religions monothéistes). Les Soprano et Rome plongent le spectateur dans des documentaires crus et sans ambages, mais ô combien fascinants, sur les moeurs des mafiosi et des Romains, rendant les histoires qu'elles racontent plus précieuses que celles des Corleone ou de Maximus. Des moeurs des Romains dans Rome, il en est question dès son fantastique générique, on y apprend notamment l'importance des graffitis dans leur vie quotidienne : véritablement vivants, ils apparaissent comme un outil de communication majeur et non censuré, formidable outil politique donc. Les aventures de Pullo et Vorenus, davantage que celles de César et Pompée, valent tous les livres d'histoire.
Mais si les chroniques de Tony Soprano s'apparentent à la comédie humaine, celles de Titus Pullo invoquent la tragédie. Antique mais distillée avec la plus grande des subtilités. Les morceaux de bravoure de la série ne se logent pas dans les batailles (évacuées par les réalisateurs pour cause de budget et surtout de hors sujet) mais dans les rapports intimes des personnages. Dans un lit, dans un enclos pour esclaves, dans un sénat, dans une minuscule arène. Les petites histoires valent bien plus que la grande.
Milius le grand forgeron fait taire la tragédie épique de Conan pour celle, infiniment pudique, de cet enfant gaulois réduit en esclavage qui, le regard hébété, reste blotti contre le corps putréfié de sa mère morte de dyssentrie. Pour celle du grand chef gaulois Vercingetorix qui, après avoir été étranglé en grandes pompes lors du sacre de César, voit son corps jeté en patures dans une porcherie, puis, à la nuit tombée, s'en voit soustrait par des esclaves gaulois pour d'émouvantes et dignes funérailles. A la lueur des flambeaux.
La première saison de Rome ne se clôt pas sur l'assassinat de César, mais sur une image magnifique, celle montrant Pullo le vétéran des guerres de César (une brute au coeur tendre, une projection de Milius) s'en aller, main dans la main, avec la belle Irène. La belle affranchie.

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