Chaiyya Chaiyya


Expert dans le langage du coeur, le cinéma indien l'est tout autant dans celui du corps.
Dil se n'est pas seulement la traduction de son titre. Dans le langage bollywoodien, "du fond du coeur" veut bien souvent dire aussi "du fond du corps".
Chaiyya Chaiyya en est l'éclatante démonstration : çà parle d'amour, mais çà chante et çà danse sexe. Malgré et en partie grâce à la censure pudibonde qui le frappe, le cinéma indien est le plus érotique et le plus sensuel qui soit. A l'image de cette séquence, proprement sidérante. Faire parler les voix et les corps avec une charge érogène à couper le souffle, leur faire dire autre chose que le sens de la chanson, telle est la voie du réalisateur Mani Ratnam et de sa chorégraphe Farah Khan, grâce à l'éblouissante interprétation des acteurs, Malaika Arora et Shah Rukh Khan, et l'immense composition des chanteurs, Sapna Awasthi et Sukhwinder Singh.
Ici, les personnages se livrent à une chorégraphie du corps sans équivoque. Dans un cadre évidemment et éminemment sexué : un train, des tunnels. La musique, obsédante, répétitive (les paroles mêmes sont lancinantes), dominée par les percussions, épouse le mouvement du train, évoque l'acte sexuel et son entraînant train-train.
Au commencement, la sublime ghaziya (son fabuleux racolage tant vestimentaire que gestuel en souligne la parenté) s'éveille au milieu des hommes. S'étire lascivement, adresse une moue faussement boudeuse, en réalité des plus suggestives. Profonde et charnelle, du fond du corps, sa voix, très haut, s'élève : sans ambiguité est l'appel. La donzelle réclame du plaisir. Quand elle se lève, tous les hommes sont à genoux autour d'elle. Subjugués devant sa divine beauté. Au Shah, émerveillé, de sauter littéralement à ses pieds. Dégageant le pouvoir hypnotique d'une sirène, elle se déhanche, d'abord langoureusement, de plus en plus rapidement, de plus en plus franchement, agite son popotin, rentre le ventre, l'exulte, attire et repousse, accueille et expulse. Ainsi de suite, donnant le la du rapport amoureux. La chorégraphie de l'actrice emprunte ainsi beaucoup au coït, à ses va-et-vients, à ses diverses contorsions. Avec la volonté de faire tourner les têtes. Ici, à prendre au pied de la lettre tant celle de Shah Rukh et des figurants sont en quasi-perpetuel mouvement circulaire.
Quant à la chorégraphie de l'acteur, tantôt fougueuse, tantôt idolâtre, elle est toute dédiée à répondre aux invites incessantes de sa partenaire.
A me faire également tourner la mienne de tête, au-delà de toute autre séquence de cinéma, Chaiyya Chaiyya est un monument de sensualité et d'érotisme.

2 commentaires:

yves a dit…

Bonjour Nexus,
Super, ce petit commentaire d'une des scènes les plus marquantes du cinéma indien contemporain! Tu as su dire les choses comme on les ressent, y'a pas de doute. J'avais revu Dil se il y a quelques semaines, et cette scène sur le train m'a saisi axactement comme tu le dis!
Aussi, j'ai parcouru ton blog avec plaisir!
yves

Rom a dit…

Merci,
C'est ma scène préférée du cinéma, rien de moins. Devant Soni Soni.
Je me la repasse en boucle, sans me lasser.