Public Enemies



Où est-ce que tu vas ?

On peut dire du dernier Michael Mann qu’il est né du désir de voir un gangster légendaire pleurer son lagon perdu et de voir un flic dur à cuire exécuter sa dernière volonté. De voir un lagon pleurer son écueil. De voir aussi des flics et des truands échappés de l’univers noir de James Ellroy se livrer une guerre sans merci, des flics et des truands qui n'oublient pas de mourir les yeux ouverts en crachant leur dernier souffle. De filmer des ombres jouer à cache cache dans un bois au clair de lune, à déchirer sa nuit haute définition avec des sulfateuses. D’associer les dix millions d’esclaves d’Otis Taylor aux évasions et à la rebellion du prince des voleurs John Dillinger. Un John Dillinger qui n’est en rien le remake mélancolique de McCauley, qui a déjà trouvé son lagon. Un John Dillinger qui a brisé ses chaînes pour ne plus jamais les réintégrer, pour les briser aux banques et à Hoover. Après que les banques soient devenues les raisins de la colère de millions d’Américains. Avant qu’Hoover ne place les Etats Unis d’Amérique sur écoute. Avant qu’Hoover ne les brise à Michael Mann. Avant qu’il ne devienne son ennemi intime et secrètement l’ennemi public de l’Amérique. Au rythme à la fois langoureux et effréné de la magnifique chanson et guitare d'Otis, désormais hymne à Dillinger, le cinéma radicalement triste de Mann vient de contracter aussi la grande fièvre. Celle des grandes cavales, celle des grandes chasses à l'homme. Généreux, il vient également de nous offrir ses deux plus belles signatures : les larmes d’un jaguar, les larmes d’une franco-indienne. D’autant plus précieuses que les larmes chez Michael Mann étaient jusqu’à présent une denrée quasi melvillienne, très rare. Le dernier né de Michael Mann, nouvelle éloge de la nuit, beau comme un astre, est beau à couper le souffle, beau à pleurer. D’ailleurs, Billie m’a fait pleurer.

Bye Bye, Black bird.

2 commentaires:

Ishmael a dit…

Le "bye bye Blackbird" a un petit quelque chose de "Rosebud" j'ai trouvé... J'ai encore plus apprécié ce très beau film à la seconde vision.

Rom a dit…

Je ne sais pas si je vais pouvoir attendre le blu ray avant de le revoir, mais après mon unique vision, il m'a beaucoup travaillé. Le blu ray me permettra de le voir en vrai numérique, et d'en saisir toutes les fulgurances et les beautés. Pour le bye bye et rosebud effectivement mais je trouve le blackbird infiniment plus émouvant que le rosebud. Faut dire que je n'aime pas l'histoire ni le personnage de Kane, donc du film de Welles. Même si j'admire sa mise en scène.