La prisonnière du désert



Quelle est la beauté première du cinéma de John Ford ? Un désir d'étreinte. Avec un être cher trop tôt arraché. Bien souvent, avec une épouse trop tôt enfouie. Autrement dit, avec le ciel. Quelle est celle de La prisonnière du désert ? Le désir d’étreinte d'une petite fille avec sa poupée trop tôt retirée, entre la jeune fille perdue et son oncle qui, s'il n'avait prêté serment, aurait pu être son père. Le titre original le sous-entend, l’action de chercher n’implique pas forcément la réussite de trouver, et la quête vaut autant que la réussite. Au-delà de la recherche de la jeune Debbie enlevée par des Comanches, au-delà du sommet plastique de l'oeuvre, John Ford entreprend une quête qui transcende l’histoire de la famille Edwards, l’histoire de son pays via la conquête de l'Ouest, l’histoire des hommes. Une quête qu’il connait bien pour s’y être frotté à de nombreuses reprises. Jamais aussi intensément, et avec autant d’accomplissement. Une quête d’éternité, une quête de paix. Une quête d’absolu donc. L’éternité de John Ford dans The Searchers ? Un désir d’étreinte entre le ciel et les buttes rocheuses de Monument Valley. Formellement et pleinement assouvi quand John Wayne/Ethan Edwards soulève Nathalie Wood/Debbie pour la porter jusqu’au ciel. Et nous avec. Avant de l’étreindre. Au lieu de tuer, John Wayne serre dans ses bras. Le cosmos vient de retrouver son harmonie. Sa paix. Une colère qui s’évanouit revêt toujours un caractère divin. John Ford n’est jamais allé aussi loin. John Wayne non plus. A de rares exceptions près, nous n’avons jamais été porté aussi haut. Ni emporté avec autant de force.

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